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L'approvisionnement en diesel sensible à "tout incident supplémentaire", avertit l'économiste Patrice Geoffron

October 2026
3 min

Les approvisionnements de gazole restent soumis à "une forte sensibilité à tout incident supplémentaire", avertit jeudi auprès de l'AFP l'économiste Patrice Geoffron, alors qu'Emmanuel Macron s'est efforcé de les sécuriser lors de sa visite au Moyen-Orient.    

Patrice Geoffron est professeur à l'université Paris-Dauphine-PSL et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières.

   

‍Question : Comment s'explique l'envolée depuis plusieurs semaines du diesel, à plus de 2,35 euros le litre en France ?      

Réponse : "La hausse ne vient pas seulement du brut, mais de la rareté des produits raffinés, surtout du gazole. Les perturbations au Moyen-Orient, les contraintes logistiques et les frappes sur les raffineries russes réduisent les exportations de diesel, tandis que les stocks sont déjà entamés avant l'hiver.

Les raffineries encore opérationnelles captent une rente de rareté, et le prix du produit raffiné s'est découplé de celui du brut. TotalEnergies (qui possède environ la moitié des capacités de raffinage en France, NDLR) annonce une marge européenne de raffinage de 33,2 dollars par baril au troisième trimestre, contre 13,5 dollars au trimestre précédent. La France, qui importe plus de la moitié de son diesel, est particulièrement exposée."

   

Q: Quel est le bilan du voyage d'Emmanuel Macron dans le Golfe, visant à "sécuriser des approvisionnements" énergétiques ?      

R: "Le résultat le plus concret est la sécurisation de volumes, qui représentent environ 10 % de la consommation française mensuelle. C'est utile pour l'hiver mais les prix contractuels ne sont pas publics et l'effet sur les prix au niveau mondial reste limité, car les cargaisons obtenues ne sont pas nécessairement des volumes supplémentaires mais peuvent avoir été réallouées.

La portée du voyage dépendra de la durée des engagements, de leur exécution effective et de la sécurité des acheminements. Un contrat n'élimine pas le risque d'une attaque maritime ou sur une installation."

   

Q: La France et l 'Europe risquent-elles de manquer de produits pétroliers ?      

R: "Pour l'instant, il s'agit d'un risque de pénurie localisée et de rationnement par les prix, non d'une pénurie européenne généralisée. Le scénario de référence reste un approvisionnement assuré, avec une marge de sécurité réduite. La vulnérabilité la plus aiguë porte sur le gazole, le fioul et le kérosène. Le risque sur le pétrole brut existe aussi, notamment si les exportations du Golfe restent inférieures à leur niveau d'avant-conflit ou en cas de nouvelles attaques.

Cet hiver sera une période de vigilance, avec une forte sensibilité à tout incident supplémentaire. Une nouvelle escalade militaire après les élections de mi-mandat aux États-Unis, des attaques contre les infrastructures ou un hiver rigoureux pourraient transformer une tension de prix en difficultés physiques."

   

Q: La France a annoncé déstocker 10 millions de barils de diesel. Doit-elle les racheter ensuite ?  

R: "Différer la reconstitution est défendable, car racheter quand les prix sont au plus haut serait coûteux. Mais y renoncer durablement affaiblirait une assurance essentielle. Une baisse des obligations de stockage ne pourrait se justifier que par une baisse durable des besoins pétroliers, souhaitable et possible si la dynamique des véhicules électriques se poursuit, mais qui reste à confirmer dans une économie instable."‍

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Q: Quels enseignements tirer de la crise ?      

R: "Elle montre que diversifier les fournisseurs ne supprime pas la dépendance. La France achète toujours du gazole sur un marché mondial, désormais auprès du Golfe, des États-Unis ou de l'Inde plutôt que de la Russie.

À court et moyen termes, l'électrification et la réduction des usages fossiles sont la meilleure protection. L'Europe doit maintenir la résilience de la chaîne pétrolière pendant la transition tout en diminuant assez vite les besoins en hydrocarbures, pour réduire son exposition aux chocs géopolitiques. La transition n'est pas seulement une politique climatique, mais une politique industrielle, logistique et de souveraineté."

Source : Agence France-Presse

 

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